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Taïba Niassène : les producteurs d’arachide en sit-in pour dénoncer leurs difficultés
Ce dimanche 14 décembre 2025, les producteurs d’arachide de Taïba Niassène ont observé un sit-in, arborant des brassards rouges, pour alerter les autorités sur les nombreuses difficultés rencontrées dans la commercialisation de l’arachide.
Malgré l’ouverture officielle de la campagne arachidière, les produits peinent toujours à être écoulés, plongeant les producteurs et les populations rurales dans une situation de calvaire.
<< Nous avons organisé ce sit-in pour interpeller les autorités sur l’impact négatif de certaines mesures prises. Le prix fixé à 305 FCFA le kilogramme est une décision purement politique. Le prix normal devrait être autour de 250 FCFA >>, a déclaré Habib Thiam, maire de la commune et par ailleurs président du Collectif des Producteurs et Exportateurs de Graines d’Arachide (COPEGA) au Sénégal.
Selon M. Thiame, la situation actuelle affecte gravement l’économie rurale :
<< Nous avons mené un sondage entre Taïba, Touba, Fatick, Kaffrine jusqu’en Casamance. Au moins 62 000 personnes vivent directement du décorticage de l’arachide. Chaque personne perçoit environ 5 000 FCFA par jour, un revenu injecté directement dans le monde rural à travers les femmes et les jeunes >>, a-t-il expliqué.
Pour Amath Diakhaté Niasse, Président du CLCOP de Taïba, le constat est sans appel. Cette crise freine considérablement le développement agricole de Taïba :
<<À pareille période, nous déchargions plus de 100 camions par jour venant de tout le Sénégal. Aujourd’hui, on peine même à vendre 20 kg d’arachide >>, a-t-il regretté, pointant du doigt l’absence des exportateurs.
Un autre problème majeur soulevé concerne les taxes fixées à 40 FCFA par kilogramme.
<<Nous demandons aux autorités de revoir ces taxes afin de permettre aux exportateurs de travailler. Cette année, la production dépasse 1 million 500 mille tonnes, alors que les besoins nationaux tournent autour de 600 mille tonnes. Le surplus de 900 mille tonnes doit impérativement être exporté, ce qui est impossible sans les exportateurs >>, a-t-il précisé.
Dans un contexte où le nouveau régime sénégalais met en avant la souveraineté alimentaire, la transformation locale occupe une place centrale, notamment pour les femmes. Toutefois, sur le terrain, la réalité est tout autre.
Aïssatou Niasse, présidente de la Fondation Mame Aïssatou Niasse, déplore la situation :
<<Nous sommes vraiment fatiguées. Rien ne marche actuellement. Hier, j’avais un sac d’arachide à vendre, mais jusqu’à présent, il n’est toujours pas écoulé >>, a-t-elle confié, interpellant directement la Première Dame.
De son côté, Aliou Tabi Thiam, cultivateur avec plus de quinze ans d’expérience, pointe la responsabilité du ministère de l’Agriculture :
<<Depuis sa nomination, le ministre de l’Agriculture n’a jamais mis les pieds à Taïba Niassène, pourtant poumon agricole. L’État doit nous laisser travailler avec les Chinois. Les prix et les taxes doivent être revus >>, a-t-il martelé.
S’exprimant en langue sérère, Souleye Faye a rappelé au président de la République l’importance stratégique de la campagne arachidière et a demandé une réparation urgente face à cette situation.
Alors que la souveraineté alimentaire demeure une priorité nationale, la campagne arachidière devrait être un tremplin vers la réussite pour les producteurs et non un frein. Reste à savoir si les autorités prendront la mesure de la gravité de la situation à Taïba Niassène, surtout à l’approche du Gamou, période marquée par une forte hausse des dépenses pour les populations.
Sidy Sankharé
Le 14 Décembre2025 21 h 00